Analyse de la construction cinématographique du film Hold Up

La diégèse du film

Documentaire d’opinion qui ne s’offre jamais à la contradiction, Hold Up propose un déchiffrage de la crise sanitaire de la covid19 en allant récolter les avis d’experts et de scientifiques qu’on suppose dissidents. Si la plupart des propos tenus sont invérifiables, car relevant d’inférences guidées par les seules convictions de ceux qui les tiennent, et outre les erreurs factuelles que nombreux s’évertuent déjà à rectifier, le documentaire propose tout de même un postulat sur lequel il est intéressant de s’attarder. 

Pour cela, l’étude du fil conducteur, à travers une analyse filmique sommaire, révèle la colonne vertébrale de l’œuvre et de la pensée de son auteur. 

Hold Up s’ouvre sur un plan de pieds nus qui courent et passent dans une flaque. 4 secondes à peine. C’est une piste qu’on oublie vite, mais qui jalonne pourtant le documentaire. 12 minutes plus tard, juste après le titre du film, un plan dévoile des jambes aux pieds nus qui courent dans une rue. Encore 12 minutes après, le gimmick revient : deux plans montrant des pieds nus qui marchent, puis la personne qui court sur une route. Il faudra attendre près d’1h05 pour les retrouver à l’écran, dans l’herbe, au ralenti, toujours accompagnés d’une musique mélancolique au piano et violon. Puis 26 minutes après, la personne court le long d’un barrage, musique itérative. On la retrouve sur le barrage 1h plus tard. La voix du coureur nous accompagne : “​Une hygiène de vie adaptée à la physiologie de l’être humain permet de ne plus avoir peur des maladies, aucune maladie, aucun virus, aucune bactérie.​ » 

Hold Up : extrait du plan d’ouverture

C’est la fin du documentaire. Le narrateur nous le présente enfin : “​Cet homme s’appelle Florian Gomet, c’est un jeune explorateur français. A la sortie du confinement, il a pris ses jambes à son cou pour montrer qu’il existait sans doute d’autres solutions pour garder la pleine santé. 3500 km en courant, sans argent, sans passeport, et dans une Europe renfermée sur elle-même​ ». Des animations de cartes et des coupures de presse nous montrent son impressionnant parcours ainsi que son ouvrage : “Guide de survie au 21ème siècle”. 

Alors qu’un plan de drone nous amène en bout de route, où Florian est assis et contemple le paysage, il nous raconte : « ​Le besoin de trouver quelque chose qui transforme la vie, au départ je pensais le trouver à travers les mathématiques, la science… J’ai vite réalisé qu’en fait la science s’appuyait sur des dogmes qui ne sont pas scientifiques, qui renient l’expérience que l’on peut vivre au quotidien et ça c’est pas de la science. Alors j’ai préféré me diriger vers l’expérience, l’expérience du corps humain, l’expérience de la vie et on peut tellement expérimenter de choses qui contredisent nos croyances que je crois que c’est être un scientifique que de mener ces expériences​ ». 

Après 2h45 de plans de virus, de seringues, d’éprouvettes, de graphiques et de courbes, d’extraits de discours de politiciens, de coronavirus personnifiés et de foules masquées, la bouffée d’air est immédiate. On nous présente un résistant libre, un homme qui “​court​” quand les autres sont confinés, un homme “​sans argent​” quand les restrictions actuelles nous menacent de contraventions, un homme “​sans passeport​”, à l’heure où les attestations de sortie sont nécessaires pour franchir la porte de son domicile. Florian Gomet est la conclusion du récit, le modèle de réponse recherché. A travers la mise en images de Florian, les pieds nus au contact de l’eau, de l’herbe, évoluant dans la nature, le réalisateur pose un postulat sensualiste. Les déclarations de Florian viennent confirmer ce postulat, puisqu’il préfère “l’expérience du corps humain » à la science “dogmatique”. L’expérience du corps humain, du ressenti, permet selon lui d’acquérir la connaissance, telle l’allégorie de la statue de Condillac où la connaissance est donnée à une statue vierge via l’acquisition d’un sens qui lui permet de développer logiquement des facultés mentales. L’hygiène de vie pour ne plus avoir peur des maladies, le jeûne pour renforcer le corps, cette démonstration d’hygiénisme est soutenue dans le “Guide de Survie au 21ème Siècle”, présenté plus tôt dans le documentaire et écrit par Florian Gomet

Ouvrons une parenthèse pour mieux comprendre sa philosophie. Voici la présentation du livre [1] :
Dans une période tragique d’aveuglement, nous en sommes venus à croire que les maladies qui nous accablent et la destruction de l’environnement sont la rançon d’une longévité accrue et d’une meilleure qualité de vie. Nous serions les victimes de notre “succès”… Mais que savons-nous de la santé et de la maladie ? Que savons-nous sur nous-même et sur la vie ? Et si tout allait mal parce que nous faisions tout de travers ? Au fil des pages, vous découvrirez un nouveau paradigme qui permet de (ré)concilier simplicité volontaire et abondance. Ce guide propose une méthode qui se base sur les lois du vivant. Des lois immuables et pourtant méconnues. Vous y trouverez des informations scientifiques qui expliquent le bien fondé de l’hygiénisme ainsi que des informations pratiques pour transformer votre vie et accéder à la pleine santé sur les plans physique, mental, émotionnel et spirituel. Il s’agit du fruit de cinq années de lectures, de réflexions, d’expérimentations et de rencontres dans le domaine de la santé. Un domaine où Florian est entré “par hasard”, suite à un jeûne spontané qui a remis en question tout ce qu’il croyait savoir sur l’alimentation et les maladies. Cette quête du potentiel endormi de l’être humain l’a mené, en août 2018, à marcher 360 km sans manger dans les monts Mackenzie au Canada. Une expédition qui a fait l’objet d’un documentaire et d’un livre : “La Marche Sans Faim”. 
« Les lois du Vivant », le jeûne, la « pleine santé » physique, mentale, émotionnelle et spirituelle, le potentiel endormi de l’être humain. La piste rhétorique nous conduit droit vers les théories de Thierry Casasnovas, vidéaste adepte du crudivorisme et du jeûne dans le collimateur de la Miviludes suite à plusieurs centaines de signalements [2]. Les lois du Vivant selon Gomet, les principes du Vivant selon Casanovas : c’est l’acquisition de la connaissance par le ressenti du corps, cette loi fondamentale qui permet de vaincre les maladies et de n’avoir « aucun virus, aucune maladie, aucune bactérie ». Derrière cette loi du Vivant se trouve la théorie de l’hormèse, ciment de la pensée de Casasnovas, soit l’exposition dosée de l’homme aux stresseurs de son environnement naturel afin de renforcer ses défenses biologiques.
Pour la définir plus précisément, l’hormèse est un phénomène dose-réponse caractérisé par la stimulation d’un organisme à l’aide d’une faible dose de toxines ou de facteurs stressants. Elle serait une alternative naturelle à la vaccination : on soumet le corps à un agent pathogène affaibli (un stress bref et intense) afin que le corps puisse réagir à l’invasion au même agent pathogène non atténué (augmentation de la capacité adaptative). Phénomène complexe à observer, les études sur l’hormèse donnent des résultats difficiles à extrapoler : comment définir une faible dose, comment et à quel moment mesurer la réponse de l’organisme ? Les études effectuées en laboratoire sur des animaux ne font pas consensus dans la communauté scientifique [3]. Rien en tout cas qui permettrait assurément de vaincre “toutes les maladies, tous les virus, toutes les bactéries”. 
Les liens de Gomet avec Casasnovas ne sont pas une supposition. Ce dernier a apporté son soutien à l’œuvre de Damien Artero consacrée aux exploits de Gomet et intitulée “La Marche sans faim” [4], un projet sur “l’exploration intérieure”. On y découvre au passage qu’il est adepte de la méthode hormésienne de Wim Hof, un hollandais impressionnant qui prétend pouvoir moduler son système immunitaire via une technique de respiration et détient des records de durée d’immersion dans la glace [5].
Gomet et Casasnovas se sont également rencontrés, et Gomet l’a remercié sur sa page facebook, parlant d’un « honneur » quant à son soutien [6]. Les deux hommes partagent clairement une philosophie de vie commune. 

Refermons la parenthèse pour en revenir au fil conducteur. Pour Gomet, l’expérience personnelle a donc plus de valeur que les productions de la science. Si ses exploits physiques sont incontestables, si sa bonne santé et sa méthode de vie sont largement respectables, s’il faut privilégier le doute méthodique à la condamnation systématique des prétentions extraordinaires, il est regrettable qu’à l’inverse Gomet frappe d’anathème la démarche scientifique, donnant ainsi du grain à moudre au réalisateur, qui n’hésite pas à faire de son cas une preuve par l’exemple de ce que devrait être la science (dont la définition est ici adaptée) : un ensemble de connaissances et de travaux établis au niveau personnel, ayant pour objet l’étude de faits jugés au doigt mouillé et de relations vérifiables par soi-même, selon une méthode caractérisée par l’observation individuelle, l’expérience individuelle, les hypothèses (ad hoc) et la déduction sans évaluation.

De fait, son témoignage vaut pour parole d’évangile, auréolé par la rhétorique audiovisuelle, les images qui flattent l’intuition et créent le sens voulu par le contraste des situations, la musique qui ramène régulièrement le spectateur à ce havre mélancolique et si humain, les propos d’intervenants choisis au cordeau et dépourvus de contradiction. 

Le réalisateur crée une œuvre à charge, dépourvue du doute qui ne devrait s’exprimer que par la confrontation des idées, ode à la liberté individuelle au mépris de celle des autres. 
La méthode scientifique, vue comme l’arme discursive d’une technocratie élitiste pour empêcher les gens de penser. Le consensus scientifique, comme une chimère dévoyée (00:59:21) qui n’a pour but que de servir des intérêts mercantiles. La science, néfaste à la liberté, celle que vous pourrez retrouver en faisant confiance à vos sensations et en prenant vos « jambes à votre cou ». 
Fil conducteur du documentaire, l’allégorie de l’aventurier libre dans un monde cloisonné et en parfaite santé quand la maladie règne sert à point nommé le propos du réalisateur, convaincu bien avant son “enquête” qu’une conscience élitiste règne sur le monde et détourne le bien commun pour accroître inlassablement son pouvoir. Comme si une armée de décisionnaires puissants (les états et organisations, les scientifiques, les milliardaires, les médias) agissaient d’un seul et même élan, telle une intelligence artificielle, pour réaliser un plan programmé, un “scénario” auquel le réalisateur fait souvent référence :

00:22:20, voix off : “​La santé comme un prétexte à la soumission, j’ai du mal à lire le scénario…​
02:07:34, voix off : « ​J’ai le vertige. Comment des hommes peuvent-ils imaginer des scénarios aussi tordus ? Et en réussissant à corrompre toutes nos élites ?​ » 

Nous sommes confrontés ici à un souci d’échelle manifeste : 7 milliards et 800 millions d’individus​, quand bien même une extrême minorité – disons au hasard 0,001% de la population – serait dans la manigance, il faudrait déjà coordonner 78.000 individus. Ce qui fait beaucoup de scénaristes. 

Hold Up : autre extrait

En résumé, si on suit le fil conducteur et qu’on le ramène aux propos des intervenants, Hold Up a une trame plutôt claire : Barnérias pense que des élites milliardaires associées ont acheté la science pour imposer leur volonté sur la planète, contrôler les individus et s’enrichir sur leur dos, même au prix de la mort. Dans cette optique, il est logique qu’ils soient capables de fabriquer un virus qui aiderait au contrôle de l’humanité. 
La science, devenue le langage abscons des élites pour priver le peuple de la parole, est donc indigne de confiance, illusoire. A L’opposé, l’intuition et l’expérience empirique personnelle nous révèlent la vérité et nous libèrent du carcan technocratique. Pour ne plus avoir peur. Ne plus avoir peur, donc, c’est rejeter le discours de ceux qui sont en position de penser les problèmes à notre place. 
Ce qui pose problème, c’est le prosélytisme de la défiance, qui prône qu’il est plus raisonnable d’abandonner les précautions de santé publique établies par le consensus scientifique, quelles que soient ses failles et ses errements, plutôt que de s’en remettre à lui. En flattant la colère et l’indignation par tous les procédés rhétoriques possibles, Barnérias oublie totalement de douter et s’évertue à accentuer la fracture sociale. La défense des opprimés et des libertés individuelles n’a pas besoin d’une polarisation extrême des idées pour être mise en tête de liste des préoccupations nécessaires. Et l’humanité en crise sanitaire n’a pas besoin d’une défiance envers le consensus scientifique et de théories en marge de la rationalité pour se sortir de l’impasse.

[1] https://www.amazon.fr/Guide-survie-au-21%C3%A8me-si%C3%A8cle/dp/2957266601
[2] ​https://www.leparisien.fr/societe/l-inquietante-mode-des-derives-alimentaires-08-10-2019-8168934.php
[3] ​https://www.pseudo-sciences.org/L-hormesis-ou-l-effet-benefique-des-faibles-doses
[4] ​https://www.planeted.eu/la-marche-sans-faim-soutien-parrainage-officiel-de-thierry-casasnovas/
[5] ​https://www.futura-sciences.com/sante/questions-reponses/bien-etre-methode-wim-hof-elle-basee-science-13804/
[6] https://m.facebook.com/floriangomet/posts/2348294425193333

Collectif Covid19 Fédération

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